Le pouvoir au peuple ? La montée du populisme et l’opinion publique

By 1 mai 2017Idées

L’arrivée au pouvoir de Donald Trump, le vote en faveur du Brexit et la montée en force de nombreux partis nationalistes de droite en Europe soulèvent beaucoup de questions sur la force du populisme, y compris au Canada. Comment se compare l’opinion publique canadienne par rapport à celle d’autres pays semblables ? La population canadienne est-elle immunisée contre les idées populistes ?

Malgré certains écarts, l’opinion publique canadienne ne détonne pas de ce qui s’observe dans les pays faisant face à un fort courant populiste

Les résultats de notre étude « Le pouvoir au peuple », tenue en ligne auprès de 16,597 répondants de 23 pays entre le 21 octobre et le 4 novembre 2016, démontrent que la prudence est de mise pour ceux qui croient impossible la montée d’un courant populiste au pays.  D’un côté, l’étude démontre que les Canadiens répondent de manière un peu plus posée à la plupart des questions portant sur des enjeux dits populistes par rapport aux citoyens des États-Unis, de la France et de la Grande-Bretagne, qui représentent des points de comparaison intéressants en raison des événements politiques qui ont, et qui continuent, de secouer ces pays.  Cependant, les différences d’opinions sont souvent très faibles entre le Canada et ces trois autres pays.  De plus, les résultats pour le Canada seul, sans faire la comparaison, démontrent que les prises de positions populistes sont plutôt bien reçues par la population canadienne.  Passons donc en revue quelques résultats probants de cette étude internationale.

Méfiance et remise en question d’une majorité de Canadiens à l’égard des médias, des partis politiques et de l’avis des experts

Les Canadiens semblent un peu moins cyniques que les Américains, Britanniques et Français envers certaines institutions clés du pays. Alors que 57% des Canadiens ne font pas confiance aux médias (ce qui n’est pas très positif en soit), cela se compare avantageusement aux résultats pour les États-Unis (67%), la Grande-Bretagne (75%) et la France (68%).  Aussi, pas moins de 71% des Canadiens ne font pas confiance aux partis politiques. Ce résultat n’est certes pas encourageant, mais demeure un peu moins négatif que ce que l’on observe aux États-Unis (74%), en Grande-Bretagne (79%) et en France (83%).

Un autre aspect clé du populisme est le rejet de l’avis des experts, dont l’opinion est remise en question au profit du sentiment populaire. Où se situent les Canadiens sur cette question ?  Une majorité d’entre eux (58%) croit que les experts ne comprennent pas la vie des gens comme eux.  Cette proportion est la même que celle mesurée en Grande-Bretagne (59%), mais demeure un peu plus faible que celle observée aux États-Unis (64%) et surtout, en France (73%).

Un Canadien sur quatre préfère être représenté par un leader puissant, prêt à briser les règles

Qu’en est-il du désir d’avoir un leader puissant avec des idées fortes, élément clé du populisme ?  Et bien là aussi, les Canadiens ne sont pas si différents des citoyens des trois pays présentement aux prises avec une montée du populisme.  Un Canadien sur quatre (41%) croit donc qu’il serait préférable d’avoir un leader fort qui soit prêt à briser les règles, un résultat identique à ce que l’on observe aux États-Unis (40%) et quelque peu en deçà de la proportion obtenue en Grande-Bretagne (50%).  Ici, les Français se distinguent nettement de tous les autres pays de notre étude sur cette question, alors que pas moins de 80% d’entre eux se disent en accord avec cette idée !  Ceci aide bien à comprendre pourquoi un Président français ayant une personnalité axée sur le compromis peine à se faire valoir auprès de l’électorat du pays.

La protection des minorités et l’immigration – les Canadiens partagés sur la question

Les Canadiens ne se distinguent pas vraiment non plus sur quelques questions ayant trait à la protection des minorités et l’immigration.  Ainsi, un Canadien sur quatre (39%) admet être plus enclin à voter pour un parti ou un leader politique qui donnerait priorité aux gens étant nés au pays plutôt qu’aux immigrants. Ceci est pratiquement identique aux proportions mesurées en France (37%), en Grande-Bretagne (38%) et aux États-Unis (44%).  De manière plus positive, on remarque qu’une majorité de Canadiens (57%) serait plus encline à voter pour un parti ou un leader politique qui défendrait les droits des minorités.  Cependant, cette proportion est similaire à ce que l’on observe aux États-Unis (55%) et en Grande-Bretagne (53%), bien qu’elle demeure supérieure à ce qui est mesuré en France (42%).

À la lumière de ces comparaisons, comment expliquer la situation relativement calme au Canada?

À la lumière de ces résultats, il appert malavisé d’exclure d’emblée la possibilité d’une montée du populisme au Canada.  Rien n’indique qu’un renversement soudain de l’ordre politique actuel soit dans les cartes, mais il ne fait nul doute que plusieurs des arguments soulevés par les leaders et partis populistes d’autres pays sont porteurs auprès de bon nombre de Canadiens.  Les réponses à deux autres questions de notre étude internationale fournissent peut-être une bonne explication quant à la quiétude relative de la population canadienne comparée au bouillonnement observé aux États-Unis, en France et en Grande-Bretagne. Ainsi, 35% des Canadiens croient que « la société et brisée » et un autre 38% croient que « le pays est sur le déclin ».  Ces chiffres peuvent sembler inquiétants, mais ils demeurent très en deçà de ce qui est mesuré aux États-Unis, en France et en Grande-Bretagne.  En moyenne, 61% des résidents de ces trois pays croient que la société est brisée, alors que 63% croient que leur pays est en déclin.  Quand vous combinez ces deux résultats pour le moins spectaculaires avec les sentiments négatifs mesurés sur les autres indicateurs cités plus haut, vous comprenez en partie pourquoi des politiciens faisant appel à l’affirmation nationale et à la protection des frontières sont en position de force dans ces trois pays.

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Pour plus d’informations :
Sébastien Dallaire
Vice-président, Ipsos Affaires publiques
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